Martine & Stephen

Batchelor

 

Le bouddhisme s’est développé pendant plus de 2000 ans dans différents pays d’Asie.  Au début et à travers les ages les nonnes bouddhistes ont eu une place importante et joué un rôle essentiel mais finalement elles se sont trouvées marginalisées.  Au temps du Bouddha, les femmes pouvaient devenir nonnes en observant 6 préceptes pendant 2 ans et après elles recevaient l’ordination complète ou supérieure de près de 350 préceptes et devenaient ainsi bhiksunis.  Au fil du temps les conditions historiques et culturelles changeant, l’ordination pour les femmes prit des aspects différents et dans beaucoup de pays l’ordination complète disparue comme à Ceylan ou ne fut pas transmise comme au Tibet.

Récemment bien qu’il apparaisse qu’il soit impossible de ressusciter l’ordination complète car il manquerait toujours le groupe de dix bhiksunis nécessaires et essentiel pour en ordonner d’autres, l’Association Internationale des Femmes Bouddhistes, Sakyadhita, décida de changer cette situation en organisant une cérémonie d’ordination supérieure à Bodh Gaya en Inde en amenant des bhiksunis de Corée et de  Taiwan.  Ainsi 30 nonnes Ceylanaises devinrent bhiksunis en 1998 et en 2004 il y avait plus de 400 bhiksunis à Ceylan.

La première conférence internationale des nonnes bouddhistes se passa en 1987 à Bodh Gaya.  A la fin de cette conférence, l’organisation Sakyadhita, signifiant filles du Bouddha en Sanskrit, fut créée.  Son but était de former un réseau de femmes bouddhistes, d’aider à l’éducation des femmes pour qu’elles puissent devenir des enseignantes bouddhiques, de faire des recherches sur les rapports du bouddhisme avec les femmes, et d’essayer de rétablir l’ordination supérieure pour nonne dans les pays où elle avait disparu.  Ainsi Sakyadhita a joué un rôle très important dans le rétablissement de l’ordination supérieure à Ceylan.

La position des nonnes dépend du pays dans lequel elle se trouve et comment le Bouddhisme s’y est développé.  Par exemples, les nonnes en Thaïlande ont la position la moins élevée dut à une loi de 1928 qui interdit l’ordination complète pour les nonnes.  Les Thaïlandaises avec une vocation religieuse prennent 5 ou 8 préceptes et portent des habits blancs.  Depuis que l’Institut des Nonnes Thaï a été crée en 1969, les nonnes ont commencé à s’organiser pour étudier et méditer. 

En 1956, après une vie bien remplie, Voramai Kabilsingh reçut la première ordination et en 1971 l’ordination complète à Taiwan.  Elle décida de porter des vêtements jaunes clairs et fut très critiquée par la hiérarchie monastique male.  Sa fille, un éminent professeur spécialiste des questions féminines et des préceptes bouddhiques, suivit son exemple et reçut la première ordination à Ceylan en 2001 et l’ordination supérieure en 2003 du nouvel ordre des bhiksunis qui venait juste de se former.  Maintenant elle porte des habits marrons, ses actions ont créé un grand débat à tous les niveaux de la société Thaïlandaise – gouvernement, media et hiérarchie bouddhiste.

Au cinquième siècle des nonnes Ceylanaises allèrent en Chine par la mer et fondèrent un ordre de bhiksunis qui a été préservé jusqu’à présent et que l’on trouve aussi en Corée.  Les nonnes Chinoises souffrirent beaucoup de la Révolution Culturelle et en 2004 on trouvait quelques couvents en Chine mais la plupart des nonnes sont agées, bien que de nos jours quelques jeunes femmes commencent à avoir la vocation.  Après 1949, beaucoup de nonnes se réfugièrent à Taiwan et elles ont donné de la vitalité au Bouddhisme dans ce pays.  A Taiwan les nonnes sont deux fois plus nombreuses que les moines et beaucoup sont jeunes.  Elles reçoivent une très bonne éducation bouddhiste et sont très actives socialement.  Par example il y a Vénérable Cheng Yen qui créa la Fondation Tzu chi en 1966 pour donner des services médicaux à tous et établit des hôpitaux, des collèges médicaux et des centres de recherche.  Elle encourage ses disciples à créer un surplus pour aider les autres et regarde l’argent comme un outil de bienfaisance.

Au Cambodge un mouvement des nonnes s’est créé en 1995 pour s ‘organiser en association et pour essayer de changer leurs rôles de femmes de ménages et cuisinières dans les pagodes pour devenir conseillères et enseignantes pour les laïques de façon à pouvoir les aider plus efficacement. La situation des nonnes Vietnamiennes s’est bien améliorée.  Maintenant elles ont les mêmes possibilités d’éducation que les moines et ont élargi leur rôle dans la société Vietnamienne bien qu’il y ait un peu plus de chemin à faire car les moines dominent et contrôlent encore toutes les affaires bouddhistes.

En Corée les nonnes Coréennes sont très actives et nombreuses – 8000 à ce jour.  Elles vivent totalement indépendamment des moines et ont le contrôle total de leurs affaires.  Il y a des couvents et des universités pour faire des études et des centres pour méditer.  Les couvents dans les villes sont très actifs socialement. 

Il y a autour de 2000 nonnes au Japon dans 1500 temples.  Elles reçoivent peu de soutien de la hiérarchie ou des laïques et souvent elles doivent subvenir à leurs besoins en enseignant la cérémonie du thé ou l’art floral. Un des rares centres d’études pour nonnes a une abbesse remarquable, Vénérable Aoyama Sensei, qui est une maîtresse de méditation ; elle est aussi très intéressée par le dialogue inter-religieux.

L’ordination complète ne fut pas transmise au Tibet.  On trouve quelques couvents au Tibet même mais aussi dans les régions Himalayennes et dans le sud de l’Inde où se sont établis quelques monastères Tibétains.  Mais la position sociale des nonnes est souvent peu élevée et elles doivent servir les moines et quelquefois même leurs familles.    Pour remédier à cette situation des couvents dédiés à l’étude et à la pratique ont été créés à Dharamsala, la résidence en exil du Dalai Lama et dans d ‘autres endroits dans l’Inde du Nord. Ainsi Vénérable Tenzin Palmo, une nonne Anglaise connue pour ces dix années de pratique solitaire dans une grotte, a créé un couvent dans le nord de l’Inde spécialement pour les nonnes Tibétaines des régions himalayennes.

Sakyadhita organise des conférences tous les 2 ans dans divers pays asiatiques (Thaïlande, Ceylan, Ladakh, Cambodge et Népal).  Ces conférences sont situées en Asie pour donner la possibilité aux nombreuses femmes et nonnes bouddhistes d’Asie d’y assister et pour soutenir les nonnes bouddhistes qui ont une position inégale en invitant des nonnes qui sont très instruites et respectées.  Souvent ces conférences ont stimulé des améliorations pour les nonnes dans les endroits qui ont été visités.  Elles ont aussi aidé les nonnes dans des situations isolées à prendre contact  et recevoir le soutien de nonnes et de laïques du monde entier.  Pendant ces conférences les nonnes et les femmes Bouddhistes ont la possibilité de se rencontrer, de se soutenir et de développer les bases d’une autorité non-dogmatique où la diversité est encouragée ; ce qui aide les femmes bouddhistes à établir leur propre autorité en tant qu’individu et aussi en appartenant à une tradition plus vaste.

 

(Traduit par Sophie Boyer et édité par Martine Batchelor)

Suivre Martine

Suivre Stephen